Cine7Inne

Cine7Inne

Le cinéma est inné, on naît avec, on vit avec, on meurt avec !


Big Eyes (2015), Tim Burton

Publié par Cine7Inne (Alex*56*) sur 22 Mars 2015, 23:13pm

Catégories : #Critiques de films, #Biopic, #Drame

Travaillant en quelque sorte dans l'art, et indirectement lié aux artistes dont je m'inspire pour animer des ateliers d'expression par la peinture, j'ai commencé à aimer cette univers, visitant des expositions d'artistes plasticiens, thérapeutes, peintres... Je ne pouvais donc pas manquer ce biopic qui m'avait tout l'air passionnant ! Ce n'est pas tout les jours qu'on revisite la vie de ces icônes du monde artistique, encore moins quand les coulisses de ce succès sont si scandaleux et moralement trouble. Je ne connaissais pas cette histoire en plus, j'avais tout de même vaguement aperçu les œuvres de (madame) Keane dans un livre d'arts, donc ça a été un film instructif pour moi, j'adore apprendre et enrichir ma culture personnelle, c'est pour ça que je m'attache à l'art en général, du cinéma aux peintures, en passant par la littérature, et vu que la culture ne s'hérite pas mais se conquiert, j'ai profité du printemps du cinéma pour l'étoffer à petit prix...

Big Eyes (2015), Tim Burton

Synopsis : BIG EYES raconte la scandaleuse histoire vraie de l’une des plus grandes impostures de l’histoire de l’art. À la fin des années 50 et au début des années 60, le peintre Walter Keane a connu un succès phénoménal et révolutionné le commerce de l’art grâce à ses énigmatiques tableaux représentant des enfants malheureux aux yeux immenses. La surprenante et choquante vérité a cependant fini par éclater : ces toiles n’avaient pas été peintes par Walter mais par sa femme, Margaret. L’extraordinaire mensonge des Keane a réussi à duper le monde entier. Le film se concentre sur l’éveil artistique de Margaret, le succès phénoménal de ses tableaux et sa relation tumultueuse avec son mari, qui a connu la gloire en s’attribuant tout le mérite de son travail.

Big Eyes (2015), Tim Burton

La candeur d'une âme d'artiste prévaut sur les illusions fanatiques d'un homme perdu dans un monde de gloires et de reconnaissances fallacieuses. C'est dans cela que le spectateur trouvera son point de mire et suivra l'épopée tumultueuse de Margaret Keane, femme au cœur naïf mais à une dévotion sentimentale touchante pour ses "orphelins", où elle déverse un amour palpable, que nous, les spectateurs, pouvons percevoir grâce à la mise en scène d'un Tim Burton inspiré par une nouvelle façon de raconter des histoires. Car nous sommes bien loin de ses films à l'ambiance néo-gothique, loin de l'obscurité que pouvait dégager son "Sweeney Todd" dans un Londres fuligineux et fourbe, bien loin des couleurs acidulés et pleines de folies de son "Charlie et la chocolaterie", bien loin du délirant et très WTF de son "Mars Attacks !", ou encore bien loin du décevant "Dark Shadow" qui avait fait oublier un temps le génie du réalisateur californien au détriment de tout ses chefs-d'oeuvre, "Edward aux mains d'argent", "Big Fish", "Sleepy Hollow", "Ed Wood" ou le fameux "Beetlejuice".

Mais avec Big Eyes Burton marque un renouveau dans sa filmographie, pour le plus grand bonheur des amateurs, comme moi, de son art si particulier.

Big Eyes (2015), Tim Burton

Toute la subtilité de l'art est ici dépeinte avec sarcasme et émotion. Sarcasme dans le sens ou, quand l'élite de la société acclame une oeuvre en lui prêtant des théories vaseuses juste parce que la "hiérarchie", en d'autres termes les critiques d'arts, crient "amen" au travail de l'artiste (Je ne veux pas dire que ce n'est pas justifié, attention ! Mais parfois c'est tellement élitiste que ça me retourne le bide d'aller chercher des références presque moyenâgeuses pour un portrait de canard, bon je dis n'importe quoi mais le principe est là) ils suivent comme des moutons, à l'instar des deux "zozo" présent au vernissage de Keane dans le film, et déclamant des vacheries pour ensuite dire que c'est très subtil et moderne, ces passages étaient assez marrants je dois l'avouer ! Mais Burton dépeint bien les différents "publics" du monde artistique.

Après il y a le côté plus sentimental représenté par le personnage de Margaret Keane, le réalisateur nous montre cette fois le point de vue de l'artiste, la valeur que possède ces toiles à ses yeux. Amy Adams le fait très bien ressentir d'ailleurs, c'est une part d'elle même qu'elle met dans ses coups de pinceaux, une autre façon de respirer en quelque sorte. Et c'est ce conflit intérieur qu'elle se livre qui m'a intéressé, Burton met parfaitement en scène les ressentit de Margaret, du début doucereux au bord de la rivière à la fin exutoire de son procès retentissant.

Big Eyes (2015), Tim Burton

Comme je le disais également dans le paragraphe précédent, les critiques d'art et les journalistes sont pour la plupart représentés comme des animaux en quêtes de scoops ou en féroce homme d'affaire dédaigneux, j'ai eu du mal à percevoir le coté objectif de ses personnages dans l'oeuvre de Tim Burton, bien que la confrontation entre l'alcoolisé et tempétueux Walter Keane à l'encontre du critique d'art ayant descendu sont travail (ou plutôt celui de sa femme !) est intéressante, car au final les critiques ont droit à leur liberté d'expression, la liberté de la presse ici avec le New York Times, et c'est en agressant ce critique d'art que Walter nous livre inconsciemment de l'empathie pour ce vieil homme à l'air revêche. Joli tour de mains monsieur Burton.

Après on voit bien que les grands journaux, comme le New York Times, faisaient la pluie et le beau temps dans le domaine artistique de l'époque. Un peu moins aujourd'hui avec internet et ses nombreuses ouvertures médiatiques (réseaux sociaux, blog, publicité agressives sur les sites...), ainsi que tout ce que notre monde moderne peut offrir. Il fallait donc jouer de ses meilleurs atouts pour ce faire un nom, persévérer ou convaincre des "célébrités" de promouvoir son travail, il l'appréciera peut être et en parlera à untel qui lui même en parlera à untel... Un peu de chance aussi donc !

Big Eyes (2015), Tim Burton

Et puis il y a aussi le "merchandising" des œuvres d'arts, faisant de celles-ci des copies bon marchés pour le grand public, une façon de vulgariser le travail des artistes, mais aussi une façon de se faire un max de pognon ! Le business de l'art florissant, mais ça popularise en quelque sorte un monde plutôt fermé et qui compte ses membres. Franchement pour tout ça, les critiques d'art, l'interprétation des œuvres, la copie bon marché, le symbolisme j'ai adoré le travail de reconstitution de Burton, ça donne un charme à son biopic. En plus ce filtre rétro lui va plutôt bien, les vieilles voitures des années 60 tout en courbes, les quartiers résidentiels aux jardins bien taillés, les coupes structurés à la Marylin Monroe ou bien la musique entraînante de Lana Del Rey dont le style musical colle parfaitement à ses années vintages. J'ai bien aimé les chansons originales d'ailleurs.

Big Eyes (2015), Tim Burton

La performance des acteurs n'est pas à minimiser non plus. L'interprétation de Christoph Waltz dépeint un personnage excentrique et charmeur, je croyais quand même plus en son excentricité qu'en son charme un brin désuet. Mais voir le film en vo a son importance ici je trouve, outre le fait que ça ne dénature pas le travail des comédiens, on peut voir le personnage de Waltz parler français, héritage de son "passage" à Paris et aux Beaux Arts (qu'il aime tout particulièrement articuler), ça montre parfaitement la personnalité du type un tantinet mythomane. Mais à la base j'adore Waltz, je dois remercier mon cinéaste préféré pour ça, Tarantino, qui me l'a révélé dans Inglourious Basterds. Mais la vraie performance du film revient à Amy Adams, tout en subtilité et en douceur elle arrive à créer un lien solide avec les spectateurs sur le parcours de femme et d'artiste de Margaret Keane. Je n'ai pas vu tant que ça de ses films, mais elle était déjà convaincante dans un registre d'époque similaire, American Hustle. Ou elle était quand même plus femme fatale que soumise. Il me reste à voir Fighter et The Master qui lui on valut plusieurs nominations, alors why not ?

Big Eyes (2015), Tim Burton

En bref j'ai retrouvé, avec un certain plaisir, un Tim Burton de nouveau inspiré. Finis cette fois le style gothique de ses œuvres d'antan, place au biopic captivant sur les rouages grinçants du troisième art, et sur la supercherie impensable d'une machine à succès. C'est aussi un portrait de femme passionné qui vie pour son art et sa fille, dans lequel on perçoit facilement les faiblesses de la naïveté amoureuse. Puis tout ça est servi par un duo d'acteurs exemplaire, un Christoph Waltz inquiétant et comique (référence à la crampe de bras très cocasse dans la scène finale qui m'a bien fait rire) et une Amy Adams plus que jamais imprégnée de son rôle.

C'est donc avec fascination que je me suis plongé dans cet univers, de seulement 1h35 (sans le générique) peut être, mais 1h35 de plaisir cinématographique.

Pas la toile majeur du maître Burton, mais la toile d'un renouveau :  

15,5/20

Commenter cet article

linda 01/06/2017 13:33

Un excellent film avec une sublime interprétation d'Amy Adams qui prolonge dans son jeu de rôle la tristesse des personnages qu'elle peint ! Un film qui avec la finesse et le talent de Tim Burton nous fait entrer dans l'intimité d'une artiste de talent accaparé par son mari. Du joli travail Tim !

Angeline 12/04/2017 14:21

j'aime me promener ici. un bel univers. vous pouvez visiter mon blog

Angelilie 02/04/2017 13:33

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog. au plaisir

Mina 07/04/2015 18:35

Bonsoir Alex, je viens te faire un petit coucou ^^ J'espère que tu as passé une très bonne Pâques et que tu as bien mangé de délicieux chocolats ;)
Je voulais tout d'abord te remercier pour tous tes likes sur Vodkater, il y règne une très bonne ambiance et je commence (tout doucement) à m'habituer ^^ Mais si tu as le temps et que tu le souhaites, j'ai ENFIN poster ma critique de Inhérent Vice, il était temps :))) et demain, je vais voir le Gosling tout comme toi, je crois ;) Passe une bonne soirée et à très vite ^^ Merci bcp ta gentillesse et ta patience pour tout :) A très vite ^^

Shelby le Magnifik (Joe) 24/03/2015 19:07

Très bonne analyse Alex sur ce nouvel opus singulier de Burton. On ressent au travers de ta critique que tu es très attaché à ce monde de l'art, ses critiques calomnieuses qui en font la pluie et le beau temps selon leur appréciation. Tu dépeints parfaitement le soucis du mercantilisme faisant passer les oeuvres d'art à des objets vite consommer sans qu'il n'existe de réel recherche sur la validité de l'art pictural. C'est une démocratisation de l'art mais aussi une offense aux artistes car chacun y trouve selon sa subjectivité un send, une poésie dans l'art et souvent les gens ne cherchent plus à tenter de comprendre le contexte. En somme, une belle critique où tu améliore à chaque fois ton style devenant plus pointilleux dans l'analyse. Je ne peux que saluer cet effort salvateur. Bravo à toi. Joe D.

Mina 23/03/2015 23:47

Re bonsoir Alex : tout d'abord, tu ne cesses de t'améliorer dans tes critiques et je suis sous le charme de ton style analytique qui flirte avec une certaine poésie :) Je te rejoins complètement et tout comme toi, j'affectionne bcp la peinture, la littérature qui se mêlent avec le cinéma ; je remercie le génial Burton de m'avoir fait découvrir cette artiste peintre que je ne connaissais pas du tout. Burton veut se renouveler tout en gardant sa patte : plus qu'appréciable et vraiment une jolie surprise pour moi aussi.
Quant aux deux acteurs : Waltz est tout bonnement génial et Amy parfaite : l'un de ses plus beaux rôles. Bien meilleure (pour ma part que dans The Figther) et elle est aussi parfaite dans The Master mais très différente..je ne veux pas t'en dire plus...tu verras.
Merci encore pour cette belle critique et décidément, tu fais un bien joli métier ^^ d'où cette gentillesse et cette attention envers l'autre que je ressens dans chacun de nos échanges et que j'apprécie fortement :)
Bonne soirée Alex et merci pour ton site de cinéma : je tente de m'habituer tout doucement :) Douce nuit, bon mardi ciné alors et à très vite :)

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents